L’analyse des coups bas portés à la Présidence gabonaise éclaire significativement sur la personnalité du directeur du cabinet d’Ali Bongo.

Par MOUFTAOU BADAROU

Brice Laccruche Alihanga, le directeur du cabinet du Président gabonais, ne supporte pas l’adversité. Et Gaël Koumba Ayouné, citoyen gabonais, alias général du mapane (bidonville), l’a appris à ses dépens ! Ce Bongoïste assumé, a eu la mauvaise idée d’invectiver Brice Laccruche Alihanga sur sa page Facebook et, comble de lèse-majesté, d’y publier un extrait des PV d’audition de 2013 relatifs à l’affaire SOCO BTP dans laquelle le directeur du cabinet a trempé. Mal lui en a pris, Gaël Koumba Ayouné croupit depuis janvier dernier dans les geôles de la direction générale des recherches (DGR). Il est vrai que le général du mapane s’est tout autant brouillé avec Frédéric Bongo, le patron des Renseignements à la Présidence gabonaise. Le même Frédéric Bongo qui, en froid avec le tandem Laccruche Alihanga-Sylvia Bongo, a vu son nom figurer sur une récente liste des interdits d’accès à des résidences relevant du domaine présidentiel.

La mécanique vindicative de Brice Laccruche Alihanga a également tourné à plein régime contre les Accrombessi boys, qui sont incarcérés à la prison de Gros Bouquet depuis 2017; entre autres Magloire Ngambia, ancien ministre et ancien conseiller à la Présidence, et Etienne Ngoubou, ex-ministre du Pétrole et des Hydrocarbures. Non pas que ceux-ci sont des enfants de choeur. Mais l’opération anti-corruption Mamba semble avoir principalement ciblé des pro-Accrombessi. Et que dire de l’ostracisation de l’aide de camp du chef de l’Etat Arsène Emvahou et de l’homme d’affaires Seydou Kane, tous deux réputés proches de Maixent Accrombessi ? Le premier a perdu de son influence auprès du Président tandis que le deuxième est aujourd’hui persona non grata à la Présidence gabonaise.

On le voit, Brice Laccruche Alihanga avance ses pions sous un masque affable. Oubliant que son poste n’est qu’une béquille provisoire, il ajoute du piment à sa vengeance là où il faut, règle ses comptes sans en avoir l’air, actionnant à son avantage tout levier qu’il détient sur son adversaire, jusqu’à ce que celui-ci plie le genou ou soit mis K.O.

Ce faisant, le directeur du cabinet d’Ali Bongo ne se prive jamais de jurer qu’il n’a envoyé aucun Gabonais au purgatoire, tout en tissant sa propre toile d’obligés. Telles des tentacules d’une pieuvre, ses proches et partisans trustent inexorablement les postes stratégiques de l’appareil d’Etat. A commencer par le Premier ministre Julien Nkoghe Bekalé, qui est l’un de ses alliés. Son frère Régis Laccruche Lelabou vient d’être bombardé directeur de l’Office des ports et rades du Gabon (OPRAG), à la faveur des nominations communiquées en conseil des ministres le mardi 26 février 2019. Son autre frère Gregory Laccruche Alihanga (34 ans) a été élu le 3 février dernier maire d’Akanda (commune de banlieue huppée de Libreville). La galaxie des Alihanga boys comprend également Justin Ndoundagoye, ministre des Transports, Sosthène Ossoungou, DG du Trésor, Sayid Abeloko, (nouvel ambassadeur du Gabon au Togo et au Bénin), Dieudonné Lewamaouho Obissa, DG des Douanes, Patrichi Christian Tanasa, DG de Gabon Oil Company, Noël Mboumba, DG de la société gabonaise de raffinage (SOGARA), Réné Allogho Akoué, DG de la Caisse nationale d’assurance maladie et de garantie sociale (CNAMGS), Tony Ondo Mba, ministre de l’Eau et de l’Energie, Luther Abouna, DG de la CAISTAB (la caisse de stabilisation et de péréquation,) Ike Ngouoni, porte-parole de la Présidence de la République, Karine Arissani, DG Agatour, et Hermann Kamonomono, DG de la société nationale immobilière (SNI).

Ce trombinoscope des Alihanga boys n’est évidemment pas exhaustif. Une pléiade d’acteurs composent également sa galaxie de communication chapeautée par Lionel Erwin Diambou, par ailleurs cadre de la compagnie nationale de navigation intérieure et internationale (CNNII). On y retrouve curieusement des activistes comme Landry Mbeng Lanlaire (résident en France et en Suisse) et Jonas Moulenda, directeur du site Matin d’Afrique à Paris, mais aussi Alexandre Awassi, député à l’Assemblée nationale, Ismaël Borobo, responsable de l’agence de Port-Gentil de la compagnie Allegiance Airways, Hercule Nze Souala, responsable de la communication de l’Association des Jeunes Emergents Volontaires (AJEV). Partisan d’une presse embrigadée, Brice Laccruche Alihganga est le sponsor occulte du journal Le Mbandja, qui lance parfois des roquettes contre les opposants, sous la supervision de Guy-Pierre Bitegue. Il est vrai que nombre de barons du camp présidentiel et de l’opposition financent eux aussi des journaux et des sites d’information.

Alors que s’amincit au jour le jour le fil tenu qui le relie à la majorité des Gabonais informés de ses intrigues, Brice Laccruche Alihanga trône plus que jamais au Palais du bord de mer, imbu de l’adoubement de la Première Dame Sylvia Bongo Ondimba.