1,14 milliard de francs suisses ! C’est le cumul des bénéfices réalisés par le Crédit Suisse de mars à novembre 2017, faisant oublier la perte de 2,4 milliards FS en 2016. Ceci est la résultante de la réduction des risques et du renforcement du contrôle des activités de l’institution bancaire ; un plan de restructuration hardi à l’initiative de son directeur général Tidjane Thiam. L’action du groupe Crédit Suisse gagnait jusqu’à 4% à la fin novembre 2017 à la Bourse de Londres. « Nous avons produit une croissance bénéficiaire, réduit le risque dans nos activités de courtage et renforcé (…) les contrôles dans le groupe », rassurait Tidjane Thiam à la réunion des actionnaires tenue le 29 novembre 2017 à Londres. Le Crédit Suisse réalisait alors 4 milliards FS d’économie en baissant, entre autres mesures salvatrices, les rémunérations au sein du groupe et en fermant les succursales de Monaco et de Gibraltar. Le directeur général annonçait alors le versement de la moitié des bénéfices du groupe aux actionnaires ; même si la banque helvétique avait déjà prévu en 2018 la dépréciation de certains actifs du groupe de l’ordre de 2,3 milliards FS, tenant compte de la réforme fiscale américaine et de l’instauration d’une nouvelle taxe sur les services et les paiements d’intérêt à des sociétés affiliées hors des Etats-Unis.

Singulière trajectoire pour ce fils de l’ancien ministre de l’Information de la Côte d’Ivoire, qui trône à la tête du Crédit suisse depuis juin 2015, en remplacement de l’Américain Brady Dougan resté huit ans à ce poste. Diplômé en 1984 de l’Ecole polytechnique à Palaiseau en banlieue parisienne, et sorti major de sa promotion de l’Ecole nationale supérieure des mines de Paris en1986, Tidjane Thiam a obtenu deux ans plus tard le précieux MBA de l’Institut européen d’administration des affaires de Paris. Le Franco-ivoirien de 55 ans a d’abord été consultant en management, de 1988 à 1994, auprès du cabinet de conseil américain McKinsey & Company à Paris avant de prendre en charge à Abidjan le Bureau national d’études techniques et de développement de Côte d’Ivoire (BNETD) de 1994 à 1999, avec rang de ministre ; poste qu’il cumulera avec celui de ministre du Plan et du Développement en 1998 et en 1999. Rattaché à la Primature et à la Présidence, le BNETD est l’organisme public chargé du développement des infrastructures et qui conseille l’Etat de Côte de’Ivoire en matière d’orientation économique. A ces postes, Tidjane Thiam pilote des projets d’infrastructures impactant le développement ; comme la construction de la Centrale électrique d’Azito à Abidjan, la construction du pont à péage Riviera-Marcory ainsi que la modernisation de l’aéroport de la capitale ivoirienne. Ce qui lui vaut son entrée dans le très sélect classement des 100 jeunes décideurs du monde de demain (Young global leaders of tomorrow), qu’établit annuellement le Forum économique mondiale de Davos, à Colony en Suisse. C’est à cette époque qu’il est également devenu l’un des 20 membres du Conseil consultatif de la Banque Mondiale.

EN 2000, Tidjane Thiam est de retour chez McKinsey & Company à Paris, cette fois-ci à la direction du département  « institutions financières ». Il quitte à nouveau le groupe américain deux ans plus tard pour le poste de directeur stratégique, puis directeur des opérations internationales et européennes puis enfin, en janvier 2007, directeur général de l’assureur français Aviva ; lequel est présent dans 28 pays.

Septembre 2007, nouvelle reconnaissance internationale de la compétence managériale de Tidjane Thiam que tous les groupes financiers et d’assureurs s’arrachent : il est nommé directeur financier de l’assureur Prudential à Londres, avant d’en prendre la présidence deux ans plus tard, devenant ainsi le premier Noir à atteindre ce poste prestigieux.

Personnalité influente en Grande-Bretagne

Dans un contexte international difficile marqué par la crise des subprimes en juillet 2007 aux Etats-Unis, Tidjane Thiam est parvenu à faire réaliser à Prudential plus de 14% de hausse de profits sur les nouveaux contrats en 2011, portant la valorisation du groupe à 36,5 milliards $ cette année-là à la bourse de Hong Kong. Tidjane Thiam arrive alors, en 2010 et 2011, en tête des 100 personnalités noires les plus influentes de Grande-Bretagne, liste établie chaque année par la publication The Powerlist. Le financier doué, qui a été fait chevalier de la Légion d’honneur par Nicolas Sarkozy le 14 juillet 2011, préside aujourd’hui le conseil d’administration de l’Association of British insurers, cumulativement avec ses fonctions de directeur général de Crédit Suisse.