Défendre et promouvoir la francophonie dans le monde. Telle est la mission bénévole confiée depuis novembre 2017 par le président français Emmanuel Macron à Leïla Slimani, prix Goncourt 2016. L’écrivaine en vue, qui représente désormais la France au Conseil permanent de la francophonie, avait rencontré Emmanuel Macron pendant la campagne présidentielle française d’avril 2017, avant d’accompagner celui-ci devenu président en visite au Maroc deux mois plus tard. « Pour beaucoup de gens, déclare Leïla Slimani à l’AFP à la suite de cette nomination, la langue française est considérée comme une langue de boudoir, de lettrés, mais pas comme une langue pragmatique, qui sert à trouver du travail (…) Il faut dire que non : c’est aussi une langue de l’entreprise, du travail. Le français, c’est cool. » Le ton est donné. Pour la représentante personnelle d’Emmanuel Macron à la francophonie, il faut « déringardiser » la langue française afin de séduire davantage de locuteurs français. Le nombre de ceux-ci devra quasiment tripler d’ici à 2050, passant de 274 millions à 750 millions, du fait du boom démographique prévu en Afrique. Le français, quatrième langue internationale (après l’anglais, l’espagnol et l’arabe), est également en progression dans des pays tels que le Ghana, le Nigéria et la Chine ; ce dernier pays comptant 120 000 étudiants en français (selon l’Organisation internationale de la Francophonie). Tout en se réjouissant de cette heureuse perspective, Leïla Slimani déclare à L’Express «qu’il faut sortir d’une vision jacobine du français où le bon français serait ici (en France). » Pour ce faire, d’autres intellectuelles prônent un engagement plus poussé des pays francophones et une meilleure coordination des autorités françaises; comme Marie-Béatrice Levaux, référente francophonie au Conseil économique, social et environnemental français : « … Il faut un pilotage politique français. Les Etats doivent se mouiller et s’engager sur un programme éducatif (…). Actuellement, les actions en faveur de la francophonie sont dispersées entre les Sports, la Culture et les Affaires étrangères. Il faudrait une meilleure coordination. » Le prochain sommet de la francophonie, prévue en octobre 2018 en Arménie, devra être l’occasion pour le président français de réaffirmer son « Grand plan pour la langue française » qu’il dévoilera déjà le 20 mars.

La pasionaria du féminisme

Née en 1981 au Maroc, d’un père banquier et d’une mère médecin franco-algérienne, Leïla Slimani a passé son Bac au lycée français de Rabat avant d’arriver en France à l’âge de 17 ans pour faire une classe préparatoire littéraire et des études à Sciences-Po Paris. Elle s’est un moment orientée vers le journalisme avant de suivre les cours de création littéraire de la maison d’édition Gallimard. La romancière à succès s’est montrée plus inspirée que jamais dans son dernier livre « Sexe et Mensonges », paru en septembre 2017 chez Gallimard ; Leïla Slimani s’y pose comme la défenseure d’une sexualité épanouie. « Sexe et Mensonges » est une photographie sonore de la vie sexuelle des femmes marocaines soumises dans leur majorité à des conventions religieuses et sociales rigides. Les tabous et interdits sexuels sont multiples au royaume chérifien, et la menace de la prison permanente pour les femmes. Ce plaidoyer de LeÏla Slimani rejoint la cause défendue en 2015 dans le film Much Loved par le réalisateur marocain Nabil Ayouch; avec dans le rôle principal Loubna Abidar, qui sera forcée à l’exil suite à sa violente agression à Casablanca. Une agression inacceptable pour Leïla Slimani, la pasionaria de la cause des femmes.

Il n’est ainsi pas surprenant de voir l’écrivaine défendre le droit «  à ne pas être importunée » pour la femme, à travers une tribune signée dans le journal Libérationdu 12 janvier 2018. Ce plaidoyer était en réaction à la détonnante tribune signée deux jours plus tôt dans Le Monde par Catherine Deneuve et une centaine de femmes contre les excès des mouvements #BalanceTonporc et #MeToo. Le Prix Goncourt 2016 rappelle ainsi qu’elle n’est pas « une petite chose fragile » et revendique sa liberté de « marcher dans la rue », « prendre le métro », «  attendre sur un banc », «  draguer un homme, changer d’avis et passer son chemin », « mettre une minijupe, un décolleté et de hauts talons », « s’allonger dans l’herbe à moitié dénudée », sans être importunée. Et Léïla Slimani de résumer : « Je veux la liberté de vivre dehors, à l’air libre, dans un monde qui est aussi un peu à moi ».