Elle veut bâtir un empire de cosmétique en Afrique.

La directrice fondatrice de Brillance Skin Care à Cotonou a un parcours atypique. Après son BAC série DC et une maîtrise en sciences juridiques obtenue à l’université d’Abomey-Calavi (banlieue de Cotonou), Olayinka Philippe est entrée à la Chaire UNESCO des droits de l’Homme et de la Démocratie de la même université; étant passionnée par les questions de droits de l’Homme, de politique, de gouvernance et de gestion de la chose publique. Elle en sortira un an plus tard diplômée en Etudes Supérieures Spécialisées (DESS) en Gouvernance et Démocratie.  Son parchemin en poche, Olayinka Philippe prend le temps de se marier et de fonder sa petite famille. Quelques années plus tard, quand il s’est agi pour elle de travailler, elle postule à la fonction publique béninoise, mais sans grand succès. Elle se lance alors dans l’entrepreneuriat et crée Manam-Co Sarl, une société de distribution de produits alimentaires. Olayinka Philippe va ensuitecapitaliser sur cette première expérience aboutie pour lancer en 2016 le label de cosmétiques Brillance Skin Care, qui est aujourd’hui une marque déposée de conseils beauté et de diffusion de cosmétiques.

Propos recueillis par Bilkiss Soulé

Comment vous est venue l’idée de fonder Brillance Skin Care ?

D’abord, je dois souligner que j’aime tout ce qui touche à l’esthétique et à la beauté. Je suis passionnée par tout ce qui peut rendre la femme belle. C’est ainsi que j’ai accepté d’être la représentante d’une marque américaine de produits cosmétiques. Ma rencontre au quotidien avec des femmes dans le besoin de traitements esthétiques et cosmétiques (certaines parfois complètement désespérées) a renforcé ma conviction que je peux prospérer dans ce secteur. Je me suis donc employée à trouver une solution aux problèmes de peaux de certaines de mes interlocutrices. Et je devais juste conseiller d’autres sur les produits cosmétiques pouvant leur assurer un teint éclatant et une peau rayonnante de santé. Avec, l’expérience, je suis devenue incollable sur les solutions à proposer aux femmes désireuses de s’embellir et d »entretenir leur peau et leur teint ; la plupart d’entre elles ne sachant pas quels produits correspondent à leur type de peau, ni où les obtenir et comment les utiliser. La problématique est d’autant aiguë que sont déversés sur les marchés africains des produits cosmétiques en provenance d’Europe, d’Amérique et surtout d’Asie, ne répondant pas vraiment aux besoins spécifiques de ces femmes, et leur endommageant la peau. Des produits qui ne révèlent pas souvent la beauté et les diverses nuances de la peau noire, dépigmentent au contraire dangereusement la peau, avec le risque de cancer accru pour leurs utilisatrices.

C’est ainsi que m’est venue l’idée de travailler sur une marque de produits mieux adaptés aux problèmes de peau des femmes noires et métisses, et que j’ai fondé Brillance Skin Care, qui est un label à double visée : d’abord diffuseur de produits cosmétiques à travers le monde et ensuite spécialiste en conseils beauté. Accessible à tous les portefeuilles et répondant aux attentes des femmes (éclaircissement, diminution du sébum, réduction de l’hyper-pigmentation sans dommages pour la peau, homogénéité du teint), la gamme de produits Brillance Skin Care est conçue pour sublimer la beauté noire. Nos produits conviennent aux climat chaud et tempéré.

Quelles ont été vos premières difficultés d’implantation ?

Aux difficultés habituelles inhérentes à toute activité humaine, s’ajoutent des difficultés d’ordre logistique liées à l’acheminement des produits et à leur vente via la plateforme numérique de Brillance Skin Care. Sachant que les moyens de paiement électroniques ne sont pas encore assez développés dans les pays africains, la difficulté majeure pour mon entreprise est : comment le client peut payer ses achats en toute sécurité sur le site de ma marque et comment lui acheminer rapidement les produits, et à moindre coût ? D’où l’idée d’avoir des représentations dans les pays à forte demande. Mais là encore, la relation avec mes représentants n’est pas chose aisée et il faut s’armer de patience et de persévérance.

En business, la qualité du service doit être en constante amélioration. Comme assurez-vous la relation-clients de votre société ?

La première qualité que j’essaie de cultiver au quotidien est l’écoute de mes clientes. A Brillance Skin Care, nous faisons tout pour être à l’écoute de nos clientes afin de décoder ce qu’elles désirent exactement. Vous savez que nous avons une clientèle à 90% féminine. Et les femmes ne sont souvent pas faciles à satisfaire. Elles ne sont surtout pas très ouvertes sur ce qu’elles désirent en matière de cosmétiques. Exemple : toutes les femmes ne disent pas ouvertement qu’elles ont envie d’éclaircir leur teint. Elles disent juste qu’elles aimeraient l’arranger. Dans ce cas, il faut être attentif à toutes leurs paroles et savoir décrypter leurs désirs. Leurs besoins esthétiques ne sont pas faciles à débriefer, mais nous nous y efforçons.

Vous appartenez à l’une des ethnies les plus dynamiques de l’Afrique de l’Ouest, que l’on retrouve au Nigéria, au Bénin, au Togo, au Ghana, en Côte d’Ivoire, sans parler de la diaspora en Europe, en Amérique, au Brésil et aux Antilles. A quoi est due cette fibre commerciale si caractéristique des Yorubas ? 

En effet les yorubas sont mondialement reconnus pour leur fibre commerciale. Fiers et ambitieux de nature, ils ont développé l’esprit d’entreprendre, de génération en génération. Le yoruba n’aime pas exécuter des ordres, ni travailler longtemps pour autrui. Cela apparait à ses yeux comme une perte de temps. Il aime monter son propre business et avancer à son rythme. Cependant, il faut que le yoruba voie plus grand et ne se contente pas du petit commerce. Il lui faut également s’adapter aux mutations technologiques dans le monde. Comme disait l’essayiste américain Mark Twain «… Dans 20 ans, tu seras plus déçu par les choses que tu n’auras pas faites que par celles que tu auras accomplies. Alors, largue les amarres, sors du port, attrape les alizés par les voiles. Explore. Rêve. Découvre. »

La première génération des Nanas Benz béninoises avait prospéré grâce au commerce des tissus dentelle d’Autriche et des wax hollandais. A quoi la nouvelle génération de Nana-Benz doit-elle sa prospérité ?

Il faut reconnaitre que le concept a bien évolué. La nouvelle génération de femmes prospères a investi tous les secteurs d’activités : l’alimentation, le textile, la mode, l’artisanat, les services etc. Aujourd’hui, le monde évolue très très vite, les choses changent rapidement. Rien n’est figé, surtout dans le monde des affaires où il faut savoir saisir les opportunités et en tirer le maximum de profits. 

En général, quels sont les hommes et femmes d’affaires qui vous inspirent ?

Toute businesswoman qui se respecte pose des pas sûrs dans ceux de ses distinguées devancières. Moi je m’inspire beaucoup d’Oprah Winfrey, qui n’est pas que présentatrice télé, mais également une redoutable femme d’affaires. Et je regarde souvent ses speeches et vidéos car j’apprécie sa sérénité, son courage et sa combativité.  Je suis également inspirée par des femmes d’affaires africaines comme Grace Amey-Obeng, fondatrice du groupe Fover Clair au Ghana, ou encore Olubunmi Agbeni, fondatrice de Bismid Cosmetics, l’une des marques de cosmétiques les plus en vogue au Nigéria.

Comment vous voyez-vous dans 10 ans ? Quels sont vos projets futurs ? Ambitionnez-vous de briguer un suffrage politique ?

Je n’ai pas pour habitude de dévoiler mes plans. Mais je peux juste vous dire que Brillance Skin Care souhaite se développer dans toute l’Afrique et aussi toucher la diaspora noire en Europe et en Amérique. Nous aspirons à être un label de qualité incontournable. Et pour y arriver, il faut s’acharner au travail. J’aime le travail bien fait et j’aspire à davantage de réussite. Et si l’on me sollicite pour un poste de responsabilité ou politique de mon pays un jour, et que je me sens en capacité de le faire, en ce moment-là je pourrais ou non accepter. Mais, nous n’en sommes pas là et, pour le moment, je n’ai pas ce type d’ambition. Je préfère me concentrer sur mon entreprise et l’amener le plus loin possible sur le chemin de la réussite. Que Brillance Skin Care figure parmi les premières grandes marques de cosmétiques en Afrique et dans le monde. C’est ça aussi participer au développement de mon pays et de l’Afrique : créer de la richesse et de l’emploi. Bien souvent en Afrique, nous confondons réussite intellectuelle, professionnelle et pouvoir politique. Nous devons plutôt apprendre à les séparer… Je voudrais dire un dernier mot à l’endroit de la jeunesse africaine : Oui, il est possible de rêver à une meilleure Afrique; tout y est encore vierge et tout reste à y construire.