Le célèbre inventeur du robot Rosa à guidage laser, outil de travail indispensable des neurochirurgiens opérant le cerveau, n’en finit plus de recevoir les louanges de la presse européenne, canadienne et américaine.

Diplômé de l’Institut national des Sciences appliquées de Lyon, Bertin Nahum n’avait pas a priori vocation à fabriquer des robots chirurgicaux. Il a découvert ce secteur par hasard à la fin de ses études d’ingénieur. « J’ai participé à la conception d’un logiciel capable de détecter des lésions crâniennes à partir de scanners. Cela m’a donné envie de consacrer ma carrière aux patients, à travers la création de robots susceptibles d’accompagner les chirurgiens dans leurs opérations. » déclare Bertin Nahum au journal Le Monde en 2012.Après son master en sciences de la robotique à l’université de Coventry en Angleterre, Bernard Nahum approfondit ses connaissances et acquiert de l’expérience dix ans durant dans le domaine en travaillant pour différents groupes de robotique chirurgicale : IMMI SA (neurochirurgie), Integrated Surgical System Inc. (chirurgie orthopédique) et Computer Motion Inc. (chirurgie cardiaque et urologique).

L’histoire de Medtech avec Bertin Nahum a commencé en 2002 par la conception d’un robot de chirurgie du genou ; lequel est resté à l’état de prototype, faute de banquiers ou d’investisseurs pour en financer la production en série et la commercialisation. Mais ce prototype permettra au Géo Trouvetou de gagner 200 000 € au concours national d’aide à la création d’entreprise organisé par l’Anvar (devenu Oseo). Ce gain cumulé avec ses économies lui permettra de constituer une équipe de quatre ingénieurs qui travailleront à la conception du robot Brigit en 2005. Le brevet d’invention de ce robot est cédé en 2006 au groupe Zimmer Biomet pour 2 millions €, qui serviront à financer la conception du robot Rosa, avec une équipe d’ingénieurs plus étoffée.

C’est l’acharnement qui libère le potentiel

La persévérance paie. Le robot Rosa intéresse les neurochirurgiens et l’ingénieur français d’origine béninoise lève sans peine 2 millions € auprès du fonds d’investissement Newfund en 2010. Bertin Nahum était resté accroché huit années à son projet, sans susciter l’enthousiasme et la confiance des banquiers. Comme disait Winston Churchill

« c’est l’acharnement qui libère le potentiel ! ». Le serial inventeur sera alors classé en septembre 2012 quatrième entrepreneur high-tech le plus révolutionnaire du monde par la revue scientifique canadienne Discovery Series, derrière le trio Steve Job (Iphone), Mark Zuckerberg (Facebook) et James Cameron (réalisateur de nombreux films à succès).

Le robot rosa ne remplace pas le chirurgien, mais en est un auxiliaire intelligent, dans la précision et l’efficacité lors de l’opération d’un patient. « Dans mon domaine, qui est celui de la chirurgie, un robot est un outil qui permet d’opérer un patient plus efficacement. Il ne remplace pas l’homme mais le scalpel. » confie l’ingénieur au journal français L’Opinionen juillet 2016.

Lauréate des Grands Prix 2009 du Languedoc-Roussillon (Sud de la France), Medtech spécialisée dans l’assistance chirurgicale robotisée a été valorisé à 65 millions à son entrée en bourse en 2013; ce qui lui a permis de lever 20 millions € lors de cette introduction. La star up qui veut être leader dans la conception, le développement et la commercialisation de robots chirurgicaux s’est implantée début 2016 aux Etats-Unis en recevant l’approbation de la Food and Drug Administration pour commercialiser le robot Rosa. De quoi rassurer ses 70 salariés, donc 44 en France et renforcer la confiance de la bourse de Paris.

La loi du marché

Le roboticien Bernard Nahum, lui, n’a pas résisté en juillet 2016 à l’offre de rachat pour 164 millions € de 59% des actions de Medtech par la firme américaine Zimmer Biomet, spécialiste de l’orthopédie reconstructive ; sacrifiant à la loi immuable régissant le monde des affaires : les stars up à succès finissent toujours par être rachetées par des firmes. « Le rapprochement avec le leader mondial Zimmer Biomet constitue à ce titre une formidable opportunité. Si nous l’avons accepté, c’est pour réunir les conditions aujourd’hui nécessaires à l’accélération du développement et de la diffusion de nos technologies à travers le monde. »a assuré l’inventeur franco-béninois lors du rachat.

Zimmer Biomet, leader mondial de la musculosquelletique, ne pouvait pas bouder cette opportunité de développement de ses activités en 2016, la société rachetée affichant un chiffre d’affaires annuel de 6,5 millions €. Medtech, devenue le bras robotique chirurgical de Zimmer Biomet, reste implantée à Montpellier. En avril 2016, une cinquantaine de robots Rosa étaient opérationnels dans plus de 30 pays d’Europe, d’Asie et d’Amérique. Et plus de 2400 patients avaient été opérés du cerveau grâce à cet assistant intelligent qui guide le chirurgien au millimètre près dans des opérations délicates comme la biopsie, la pose d’électrodes et l’ablation de tumeurs. Le geste du chirurgien est plus sûr et plus sécurisé. Et, du fait même de la taille minuscule de l’incision, la chirurgie devient mini-invasive ; en lieu et place des anciennes interventions à crâne ouvert. De plus, l’ablation des tumeurs au millimètre près annule les risques de rechute. C’est le même principe qui sous-tend la conception de Rosa Spine, l’autre robot de Medtech, qui répond aujourd’hui aux défis de la chirurgie de la colonne vertébrale, réduisant les erreurs médicales lors des opérations pour approcher du risque zéro. Les cicatrices sur les patients sont infimes, les complications très rares et le temps de guérison accéléré.

Le robot Rosa permet également d’opérer les nourrissons en toute sécurité ; chose inimaginable avec les techniques traditionnelles ; de même qu’il permet de localiser avec précision la zone du cerveau qui impulse les crises d’épilepsie chez les enfants. La clairvoyance de Bernard Nahum est d’avoir travaillé avec les praticiens pour la conception et l’amélioration des robots Rosa, qui coûtent…300 000 € l’unité.  « Ma compétence et celle de mon équipe reposent sur des centaines d’heures en salle d’opération aux côtés des meilleurs chirurgiens, ouverts aux nouvelles technologies, plus motivés par le progrès médical que par un souci de rentabilité immédiate. En France, j’ai eu l’honneur de travailler aux côtés du professeur Benabid, cet inventeur de la chirurgie du Parkinson plusieurs fois nobélisable, tout comme avec l’élite chirurgicale de la prestigieuse clinique américaine de Cleveland. Mais attention ! on n’opère pas de la même manière à Paris qu’à New York. Et un robot qui n’intéresserait que dix chirurgiens dans le monde ne présente aucun intérêt ! », a confirmé Bernard Nahum en juillet 2013 au journal français The Good Life.

Le serial inventeur, qui « croit très fermement au modèle français basé sur la laïcité et l’égalité des chances » a fondé début 2017 une nouvelle société, Quantum Surgical, qui proposera des outils intelligents aux praticiens. Quantum Surgical, au capital de 50 000 euros, avec trois associés transfuges de Medtech exerce dans la robotique mini-invasive, sans pour autant faire de l’ombre à Medtech : «toutes les parties du corps seront potentiellement concernées : chirurgie cardiaque, orthopédie, thoracique…, sauf les zones explorées par les robots de Medtech » a assuré l’ancien champion français junior de boxe, à la conférence de presse de lancement des activités de Quantum Surgical début février 2017. Pour l’heure, Quantum Surgical, qui est toujours à la phase expérimental de ses activités, n’a pas encore sorti son premier robot intelligent ou conçu son premier logiciel d’aide à l’opération de chirurgie.

Un marché exponentiel

Le marché de la robotique chirurgicale, où seulement six sociétés se concurrencent, pourra atteindre 20 milliards $ d’ici à 2019, selon l’institut américain WinterGreen Research. La robotique chirurgicale s’inscrit dans cette révolution technologique qui se passe sous nos yeux dans le domaine de la santé. Aujourd’hui, avec l’assistanat des robots dans les pays à la pointe des progrès technologiques, l’hospitalisation d’un opéré de vésicule biliaire dure une journée et celle d’un opéré de la cataracte une demi-journée.