« Je rêve de construire un grand laboratoire d’analyses médicales au Bénin…»

La nouvelle génération des managers africaines est aujourd’hui incarnée par des intellectuelles, qui bravent bien de contraintes pour la réussite de leurs affaires. Assia Salami, qui en fait partie, se livre à l’exercice délicat du témoignage franc.




Commençons par la question rituelle. Parlez-nous de vos activités…


Merci à MANAGERS Afrique de me tendre la perche ! Vous savez, Alaké/Harisco, que je dirige, est constitué de deux établissements multiservices. Nous sommes dans le négoce de produits alimentaires et pétroliers ainsi que dans le BTP. Nous construisons des bâtiments tant publics que privés, avec une priorité accordée aux particuliers. Nous procédons également à l’achat et à la livraison des matériaux de construction. Par exemple, les Établissements Alaké/Harisco ont mis leur expertise au service de la Clinique Point E, située au quartier Gbêdjromêdé à Cotonou, en faisant construire et équiper ledit établissement. Les établissements Alaké/Harisco gèrent également une flotte de véhicules de location, et sont distributeurs agréés des produits de réseaux GSM comme MTN. Enfin, nous sommes courtiers en assurances (assurance matériel et pour les particuliers), en partenariat avec la société SARAM, qui était auparavant appelée Colina.

De technicienne de laboratoire, comment êtes-vous devenue chef d’entreprise ? Le chemin a sans doute été semé d’embuches…


Pas pour autant ! De ma grand-mère à ma mère, j’appartiens à une lignée de commerçantes. Je pense que c’est la fibre maternelle qui a pris le dessus. J’ai vu faire ma mère, voilà comment j’ai adopté le business et je m’y plais bien depuis 1994. En 1992, à la fin de mes études, j’ai fait mes premiers pas professionnels dans un cabinet d’analyses médicales à Sainte-Geneviève-des-Bois, en banlieue parisienne. Tout allait pour le mieux ! Mais sur les conseils de mon frère évoluant dans le secteur du transit à Cotonou, je suis rentrée au bercail pour me lancer dans les affaires, à l’instar de mes sœurs. 
Aujourd’hui, je rêve de construire un grand laboratoire d’analyses médicales au Bénin. Vraiment, le plus grand, où les compatriotes pourront effectuer toutes sortes d’analyses médicales plutôt que d’être contraints d’envoyer leurs analyses à l’extérieur du pays. Bref… je n’ai pas de secret de réussite ! Mes prières, ma foi en Dieu et ma détermination à bien entreprendre font que je perdure dans les affaires.




À votre avis, comment améliorer l’environnement des affaires au Bénin ?

Je formule le vœu que l’État béninois soutienne les opérateurs économiques. Davantage de banques spécialisées pour mieux accompagner les hommes et femmes d’affaires, ça ferait du bien à l’économie béninoise. C’est ça qui nous fait défaut ! Les banques béninoises épargnent plus qu’elles ne prêtent. Le Bénin n’ayant pas beaucoup de ressources, le budget de l’État est à base de fiscalité. Mais la fiscalité ne doit pas être confiscatoire à l’égard des opérateurs économiques qui créent de la richesse dans le pays, et il convient de leur faciliter la tâche.




Que pensez-vous des dernières élections à la Chambre de Commerce et d’Industrie du Bénin ?

C’est heureux que cette institution puisse enfin redorer son blason de défenseur de l’intérêt des opérateurs économiques. Je suis contente que ce soit M. Jean Baptiste Satchivi, un opérateur économique avisé qui en soit à la tête. C’est un vide qui vient d’être comblé.



Comment envisagez-vous l’avenir ? Un conseil à vos cadettes ?


À mes petites sœurs, je conseille de faire d’abord leurs études et d’obtenir un diplôme, avant de se lancer dans l’entrepreneuriat. Ça aide à mieux gérer ! Quiconque dispose d’un bagage intellectuel, même sans grandes notions de gestion, peut monter une entreprise… 



Vos modèles de réussite…


D’abord ma mère, Madame Mouiïnatou Salami Radji, c’est d’abord elle mon modèle. Il y a d’autres femmes que j’admire beaucoup comme l’ex-première dame américaine Hillary Clinton…




Votre plus cher voeu ?

Mon vœu le plus cher est que les investisseurs de tous les horizons viennent s’installer en Afrique, un continent quasiment en friche. Qu’ils viennent nombreux afin qu’ensemble, dans un partenariat gagnant- gagnant, le berceau de l’humanité se développe. Aujourd’hui, l’Afrique, une chance pour les investisseurs, importe massivement et produit très peu. Je souhaite que l’État béninois fasse l’effort d’attirer des industriels dans le pays. On y gagnerait beaucoup. Cela nécessiterait, peut-être, un vrai Plan Marshall. À l’heure actuelle, l’industrie reste embryonnaire au Bénin. Nous avons tellement besoin de structures pour l’industrialisation des produits vivriers comme la tomate, l’oignon, l’ananas. Pour ma part, j’aimerais tant oeuvrer dans l’humanitaire, j’aimerais bien un jour fonder une association d’aide aux nouveau-nés orphelins. Pour l’heure, je milite au sein de l’ONG DSF, association pour le développement familial. C’est un creuset d’entraide aux femmes revendeuses des marchés dans le domaine de la microfinance.

Propos recueillis à Cotonou par Wilfried Crécel AHANZIN