Président de l’Union pour la Nouvelle République, l’un des partis d’opposition au Gabon :

 

« Je reste opposant à Ali Bongo, mais je respecte les institutions de la République…»

 

Me Louis Gaston Mayila, président de l’Union pour la Nouvelle République, co-fondateur de l’Union des Forces du changement, revient à travers cet entretien exclusif accordé à Paris à MANAGERS Afrique sur son exclusion de l’UFC, ses relations avec les autres membres de l‘opposition gabonaise ainsi que ses griefs contre le président Ali Bongo Ondimba.

Interview du 22 novembre 2011

 

Si comme vous l’affirmez, vous avez la paternité de la création de l’UFC, avec certains, pourquoi justement avoir créé un nouveau bureau de direction ?

Mais non, l’UFC n’a jamais eu de bureau avant ! Il y a au Gabon trois familles politiques : ceux qui sont avec le président Ali Bongo, ceux ayant soutenu Pierre Mamboundou au sein de l’Alliance pour le changement et la restauration (que je présidais il y a encore un mois, et qui est maintenant présidée par Me Séraphin Ndaot) et tous ceux qui se sont retrouvés autour d’André Mba Obame; mais qui n’étaient pas avec lui au moment des élections. Après les contestations post-élection présidentielle de 2009, les trois blocs politiques ont campé sur leurs positions jusqu’à ce que Pierre Mamboundou rencontre Ali Bongo ici à Paris. Même si je n’ai pas participé aux négociations, je ne m’y suis pas opposé, mais j’insistais sur le fait qu’il ne fallait pas négocier les postes, les portefeuilles ministériels, il fallait négocier le programme. Malheureusement, ça n’a pas été le cas, ils sont tombés dans le piège de l’intéressement aux postes. Pierre Mamboundou disait même qu’Ali Bongo lui aurait promis le poste de Premier ministre. Moi je n’y ai jamais cru, pas plus que je n’ai pas cru un instant qu’il pouvait obtenir le pouvoir de contresigner certains actes du président de la République. Les faits m’ont donné raison. Donc après cet épisode, deux jeunes acteurs politiques sont venus me voir (en l’occurrence Ms. Akouré Davi président de l‘Alliance pour le nouveau Gabon et M. Richard Moulomba Mombo, président de l’ARENA) pour la création d’une plateforme politique de l’opposition, en me garantissant avoir obtenu l’assentiment de Pierre Maganga Moussavou. Je me suis mis avec eux et nous avons crée l’Union des Forces du changement; dont l’acte fondateur a été la conférence de Mouila, réunion que nous avons organisée en dépit des réticences des uns et des autres. C’est ainsi que l’Union nationale est venue y participer sur notre invitation et que son président, Zacharie Myboto a été premier vice-président de cette conférence, le président ayant été votre humble serviteur.

Vous n’êtes plus d’accord avec les autres membres de l’opposition sur les thématiques des revendications.

Effectivement, je suis contre le boycott des élections en général. C’est ainsi que j’ai été partie prenante aux dernières élections législatives. Je suis pour la tenue d’une conférence nationale, mais pas souveraine. Parce que cela supposerait, selon les autres membres de l’opposition, la démission du président de la République, de celle de l’Assemblée nationale et du Sénat. Si toutes les institutions de la République démissionnent afin que tout soit remis à plat, qui va gouverner le pays pendant ce temps ?

Mais, c’est vrai, à Mouila, j’ai affirmé que le Gabon est en crise politique, économique, sociale et même morale ! Et qu’il faut revenir à une élection présidentielle à deux tours, à un mandat de sept ans du président, renouvelable une seule fois, ainsi qu’à un rôle moins partisan de la Cour constitutionnelle dans la régulation et la gestion des scrutins.

Vu de l’extérieur du Gabon, Louis Gaston Mayila donne l’impression d’un homme politique équilibriste. On ne sait plus  s’il est opposant ou partisan d’Ali Bongo Ondimba !

Non, je reste opposant, mais dans le respect des lois de la République. Etant opposants, si nous ne respectons pas ces lois, qui peut croire qu’on le ferait si nous parvenions au pouvoir ?

Diriez-vous, vous aussi, que le président Ali Bongo a été mal élu ?

Je dirai qu’il n’a pas été élu du tout ! Nous avions tous les procès verbaux attestant de la victoire de l’opposition. Mais quand il s’est agi pour nous de les rendre publics, Ali a envoyé l’armée pour nous empêcher d’aller les présenter à la commission électorale nationale autonome et permanente !

Dans ce cas, vous devriez en appeler à sa démission, non ? 

Soyons réalistes ! Ai-je le pouvoir de le faire démissionner ?

Votre position à son égard est plutôt modérée voire tiède ! N’y a t-il pas d’accord occulte entre vous ?

Non ! Aucun accord ! Je dénonce toujours avec vigueur la politique d’Ali Bongo. Mais je dis ceci : la réalité, c’est qu’il est au pouvoir, et nous devons compter avec ça. Je suis simplement réaliste. Tout à l’heure, nous parlions de l’Union Nationale. La réalité, c’est que l’Union Nationale a été dissoute ! J’en appelle à sa réhabilitation, mais je suis réaliste, le pouvoir ne fera jamais cela. Est-ce que le dire, c’est manquer de combativité à l’égard du pouvoir ? Pourquoi quand c’est moi qui dis certaines choses, les gens en font tout un plat. Parce que ma voix porte ! Le seul qui a eu à dire non à Omar Bongo, c’est Mayila ! J’ai démissionné des poste de vice-Premier ministre et de vice-président du PDG (parti démocratique gabonais, parti au pouvoir, ndlr). Moi quand ça ne va, je le dis et je démissionne ! Aussi, je ne serai jamais vice-président d’Ali Bongo, ni n’occuperai jamais de fonction dans son gouvernement !

Que reprochez-vous d’autre au président Ali Bongo ?

Je lui reproche d’avoir rendu son gouvernement fantôme.

Le mot est fort !

Non, le mot n’est pas fort ! Car, chaque ministère est coiffé d’une agence, qui ne rend compte qu’au Président. Et le budget de ces agences est chiffré en milliers de milliards. C’est dire que ces agences sont plus dotées que les ministères ! Du temps où j’exerçais des fonctions ministérielles, j’aurais démissionné !

Qu’est devenu l’investisseur Louis Gaston Mayila ? On ne vous entend plus sur ce registre.

Certains pensent qu’un ministre ne doit pas détenir des actions dans une société ou même être créateur d’entreprise. Je ne suis pas de ceux-là. J’avais une concession de vente de voitures de marque, une compagnie aérienne transportant 140 000 passagers par an, et réalisant 8 milliards F CFA de chiffre d’affaires annuel. Dans mon village, j’ai une société de transformation de bois qui verse mensuellement 25 millions F CFA de salaires à ses employés. Je rends ainsi plus service aux Gabonais que si j’insulte Ali Bongo tous les matins !

Propos recueillis à Paris par Mouftaou Badarou.