Votre salaire Monsieur le président !

« Obasanjo m’avait offert 500.000 dollars lorsque je lui avais expliqué qu’en dépit de tout ce que l’on raconte sur ma supposée fortune, je ne possède pas un penny et que je voulais travailler pour gagner ma vie. » Ce n’est pas une anecdote, c’est un témoignage devant le Tribunal pénal international de La Haye. Celui de l’ancien président libérien, Charles Taylor.

On peut le croire ou non, mais, il reste qu’avec l’affaire du cadeau de l’ancien président sénégalais Abdoulaye Wade au représentant du FMI en fin de mission à Dakar (une valisette contenant 100 000 euros et 50 000 dollars US, soit 88 445 000 FCFA au total), de l’argent, beaucoup d’argent circule entre les mains  de nos chefs d’Etat.

Fonds de souveraineté, fonds politiques, caisses noires de l’Etat, budgets spéciaux, peu importe comment on les appelle ici ou là, cet argent légalement affecté est entre les mains du président qui l’utilise de façon discrétionnaire, sans vérification a posteriori d’une institution. « Si le président de la République puise dans cette caisse noire un milliard ou vingt pour gratifier quelqu’un, il n’a de comptes à rendre à personne » expliquait Serigne Mbacké Ndiaye, ancien ministre-conseiller d’Abdoulaye Wade en guise de défense de son patron dans l’affaire présentée comme une tentative de corruption d’un fonctionnaire international.

Managers Afrique a voulu enquêter là-dessus. Nous avons voulu savoir le montant de la dotation légale allouée aux différents palais présidentiels et son utilisation. Autant vous le dire tout de suite, le sujet est des plus sensibles et c’est l’omerta qui prévaut. Puisque la plupart de ces budgets ne sont qu’indicatifs. Et des rallonges sont souvent demandées auprès du Trésor public, « arrière poche » de bien de nos dirigeants, comme nous l’ont confié des conseillers de présidents.

Nous sommes allés à la rencontre des « grandes oreilles » et des « langues pendues ». Des « grandes gueules », jamais en retard d’une indiscrétion sur nos gouvernants, se sont largement épanché en « on » et en « off ».Nous avons pris contact avec les conseillers de l’ombre dans les palais présidentiels, certains collaborateurs des chefs d’Etat nous ayant gentiment éconduit quand d’autres ont fulminé contre nous ! Des observateurs politiques, des journalistes, des responsables d’ONG ou de mouvements de la société civile, des chercheurs et des sociologues se sont montrés circonspects.

Etat des lieux, non exhaustif, des salaires des présidents africains.

Par OUSSOUF DIAGOLA, chef d’enquête

Notre enquête, commencée à Paris auprès d’opposants ou d’hommes et de femmes politiques tombés en disgrâce, nous a conduit chez des proches des chefs d’Etat africains et des habitués des palaces parisiens comme Le Meurice, l’Hôtel Regina ou le Victoria Palace. Puis, nous nous sommes adressés à nos confrères de certaines publications panafricaines.

Sur place en Afrique, dans les pays où nous avons pu recueillir les confidences des fonctionnaires, des agents parapublics, des proches des présidents, d’observateurs politiques indépendants et des confrères, les premiers témoignages portaient sur l’acquisition de tel bien, la participation ou la prise d’intérêts dans telle société, l’appui apporté à tel proche pour monter son affaire.

En la matière, un grand habitué des palais présidentiels africains affirme : « j’ai fréquenté quelques anciens présidents lorsqu’ils étaient opposants politiques sans grands moyens ici à Paris, Abdoulaye Wade du Sénégal et Laurent Gbagbo de la Côte d’ivoire notamment. Certains de mon cercle d’amis doutaient par exemple des chances de Laurent Gbagbo d’accéder au pouvoir et lui ont tourné le dos, quand d’autres l’ont supporté envers et contre tout. Ainsi, une fois élu le 26 octobre 2000, Gbagbo n’avait pas oublié ses amis. Voilà pourquoi, on parlait de la République des Professeurs. »

De 15 milliards FCFA sous l’ère Henri Konan, la dotation spéciale de la présidence ivoirienne était passée à plus de 60 milliards annuels sous l’ère Gbagbo. « Le Professeur d’histoire avait déclaré un jour, alors qu’il était opposant qu’il pouvait se contenter seulement de 5 milliards et que tout le reste devait servir à construire des écoles et des centres de santé. Avouons qu’on a été très loin des petits 15 milliards. Heureusement que le président Ouattara n’a pas revalorisé la dotation présidentielle », ironise aujourd’hui un proche de HKB, entre deux verres. Nous étions attablés dans un café du 18ème arrondissement de Paris.

Signe de l’importance de la dotation budgétaire de la présidence équato-guinéenne, le président Teodoro Obiang Nguema se montre particulièrement prodigue, ses visiteurs repartant souvent avec une mallette bourrée de billets de banque ; le président s’étant même faire subtiliser 4 milliards FCFA, en 2010, par deux employés de la présidence. Une source bien informée précise que ceux-ci avaient « profité de l’absence du couple présidentiel pour s’emparer des valises de CFA, d’euros et de dollars, des bijoux, des objets de valeurs, des chéquiers ainsi que différents autres documents bancaires. »

D’autres chefs d’Etat étaient eux-aussi bien connus pour leur prodigalité à l’égard de leurs collègues. Ainsi, le défunt président libyen Mouamar Kadhafi et l’Algérien Abdel Aziz Bouteflika étaient cités par le fantasque ex-chef d’Etat guinéen, Moussa Dadis Camara, comme ses sponsors financiers. « Kadhafi donnait sans compter » confient des proches des présidents tchadien, nigérien et malien. Avant la disparition de Mouamar Kadhafi et la désintégration de l’Etat libyen, la dotation de la présidentielle libyenne était de 30 milliards de dollars.

L’Angolais Edouardo dos Santos est à cataloguer parmi les présidents africains prodigues. Le procès dit de l’Angolagate avait donné un aperçu des sommes faramineuses gérées par Edouardo dos Santos. L’instruction de l’affaire, huit ans durant, a permis à la justice française de connaître dans les moindres détails, comment, via l’ambassade de cet Etat pétrolier, des enveloppes étaient distribuées pour rémunérer toutes sortes de personnages impliqués dans la vente d’armes. Comme l’avait rapporté l’un des protagonistes, Paul-Loup Sulitzer, dans son livre Angolagate, chronique d’un scandale d’Etat ». Le romancier controversé écrivait :

« Jean-Baptiste Parlos (le président du Tribunal) poursuit son interrogatoire de façon très précise. Il regarde la prévenue droit dans les yeux.

  • Et vous, Madame Delubac (la secrétaire de M. Falcone l’accusé principal du procès (…), vous avez reçu des espèces ?

  • Oui j’avais demandé une augmentation de salaire à M. Falcone et il m’a proposé 10 000 francs en espèces.

  • Par mois ?

  • Oui.

  • Et c’était l’argent angolais ?

  • C’était difficile de lui poser la question. Et puis, j’avais toute confiance en Pierre Falcone. »

No comment.

Combien gagnez-vous Monsieur le président ?

Si peu de contrôle a posteriori est exercé sur l’utilisation des dotations présidentielles, qu’en est-il de leur mise à disposition ?

Ce sont les parlementaires qui sont censés fixer annuellement le montant du salaire présidentiel, lors du vote de la Loi de finances. Mais, très souvent, des budgets sont alloués à la présidence sans plus de précision sur leur ventilation précise. Il y a bien sûr le salaire de base qui est très souvent accompagné d’autres avantages. Comment calcule-t-on le salaire d’un chef d’Etat ou de gouvernement ? La tradition anglo-saxonne s’accorde à l’indexer soit sur celui du plus haut magistrat du pays, soit sur celui des parlementaires. Depuis 2001 au Canada, on le calcule désormais sur la base des salaires dans le privé, où souvent les montants sont très élevés. Afin que le chef de l’Etat ne soit pas complexé en face des grands patrons.

Il y a des pays où le salaire annuel du chef de l’Etat est rendu public et d’autres où la question reste taboue ; bien que cette rémunération soit insignifiante par rapport à la dotation budgétaire de la présidence et les fonds de souveraineté mis à la disposition du président de la République. Dans certains pays, le président est soumis à l’obligation de déclaration annuelle de ses revenus. Très peu suivent cette obligation. Certains s’y obligent toutefois mais seulement à l’entrée en fonction lors de leur premier mandat.

Comme le dit le dicton :« il ne fait pas bon d’être chef d’Etat n’importe où» ; certains présidents ont de quoi s’assurer une bonne retraite et d’autres pas.

Omar Bongo, avant sa mort gagnait 15 000 euros mensuels, à en croire ses proches passés dans l’opposition. Probablement l’un des salaires de président les plus élevés en Afrique. Son fils Ali qui lui a succédé n’a pas encore dévoilé le montant de son salaire. Mais en faisant procéder, en 2009, au recensement des fonctionnaires du pays dans le but de réduire la masse salariale (336 milliards de francs CFA soit plus de 510 millions d’euros), on a des raisons de penser qu’il ne ferait pas augmenter son propre salaire.

Au Cameroun, le salaire de Paul Biya reste un secret d’Etat. « C’est une question dont on ne parle pas » avoue un proche collaborateur du chef de l’état. Tout juste se limite-t-on, pour ceux qui osent en parler, à signaler l’article 2 du décret 81- 407, du 10 septembre 1981, accordant une pension et des avantages en nature aux anciens présidents de la République, la pension accordée étant « égale aux deux tiers de la liste civile du président en exercice ».

En juin 2006, l’ex-président ivoirien, Laurent Gbagbo révélant lui-même le montant de son salaire à la presse déclarait : « Ça fait 8 800 000 FCFA » soit environ 13 000 euros. Une autre source parlait de 14 640 euros. Le montant se situant entre les deux n’a pas encore été réévalué depuis l’ascension d’Alassane Ouattara à la présidence.

Fin 2007 au Bénin, une polémique éclata sur le fait que Boni Yayi n’aurait pas touché un seul centime de son salaire de président de la République d’un montant mensuel de 2 300 euros. En décembre 2009, informée du dépassement sur les rémunérations à la présidence, y compris le salaire du président, la Commission budgétaire de l’Assemblée Nationale avait en vain demandé des précisions au pouvoir exécutif. Andoche Amègnissè, un professeur de philosophie, autoproclamé président des « laissés pour compte », avait déclaré sur les antennes d’une radio locale que le président Yayi Boni avait fixé sa rémunération mensuelle à 17 millions FCFA. Un organe local avait alors parlé de « fétichisme autour du salaire de Boni Yayi ». L’actuel président Patrice talon a assuré à plusieurs reprises qu’il « ne revalorisera pas le salaire du président de la République ».

Avec 866 € (un peu moins de 568 000 FCFA) soit 10 342 euros annuels, Abdoulaye Wade, n’avait pas la plus grosse feuille de paye de son pays. Qui plus est, à la fin de l’année 2007, l’ex-président sénégalais ponctionna 30% de son salaire pour financer une fonds de compensation de la hausse des prix dans son pays. Le Premier ministre, les ministres du gouvernement, le président du Sénat et celui de l’Assemblée nationale avaient alors suivi cet élan de générosité en déduisant 25% de leur salaire pour alimenter ledit fonds de compensation de la hausse des prix. La revalorisation de son salaire n’est pas inscrit dans les priorités du président Macky Sall.

L’Assemblée nationale du Nigeria avait approuvé un salaire annuel de base de 3,5 millions de nairas (30 000 $) pour le président Umaru Yar’Adua qui touchait auparavant 1 405 000 nairas chaque année. Avec les indemnités, la rémunération annuelle des présidents nigérians s’élève à 10,899 millions de nairas (93 000 dollars $) depuis l’ère Yar’Adua jusqu’au moment où nous mettons sous presse.

En Mauritanie, la lecture du budget de la présidence est simple. Le « cabinet du président » est doté de 168 640 800 ouguiyas annuels (468 220 euros) au titre des salaires. Mais, aucune précision n’est apportée ici quant au montant du salaire du chef de l’Etat et ceux de son cabinet.

Le Président burkinabè touche 1 672 000 F CFA mensuels et 750 000 F CFA au titre de « l’indemnité de représentation ».

Le salaire mensuel du président malien est de 1 500 € par mois ; un peu plus que le salaire minimum interprofessionnel de croissance (Smic, minimum garanti) pour un immigré malien en France.

Le président algérien perçoit, quant à lui, 260 000 dinars mensuels, soit environ 2 800 € augmentés de 4 000 € d’émoluments et une allocation en devises de 700 € par jour destinée aux « frais de représentation à l’étranger » du chef de l’Etat.

Depuis l’époque de Zine el-Abidine Ben Ali, la rémunération du président n’est pas rendue publique en Tunisie ; à plus forte raison l’augmentation de son salaire.

Au Kenya, à la fin de l’année 2006, les parlementaires kenyans avaient jugé utile de doubler la rémunération du chef de l’Etat Moi Kibaki. Ce dernier, conscient que la question allait soulever des polémiques et provoquer des mouvements sociaux a préféré refuser cette démarche des députés intervenue à moins d’un an du scrutin présidentiel.

L’ancien président sud africain, Thabo Mbeki qui a laissé faire une commission indépendante sans réagir à la proposition d’augmentation de son salaire de 57%, n’a pas su endiguer la vague de protestation sociale des fonctionnaires aussitôt entrés en grève. On pouvait ainsi lire sur une pancarte devant l’hôpital principal de Johannesburg : « 57 % de plus pour le gros riche, 6 % pour les pauvres travailleurs : honte à vous! »

Vous avez dit fonds de souveraineté ?

« Entrez en contact avec d’anciens directeurs du Trésor public dans les pays, vous serez édifié sur les sorties d’argent sans affectation précise ». Le conseil est généreusement prodigué par un ex-directeur général du Trésor public dans l’un des pays où nous avons mené notre enquête. M. le trésorier payeur général, nous l’appellerons ainsi pour respecter son vœu d’anonymat, nous mit en contact avec une ancienne secrétaire particulière au cabinet d’un président d’Afrique centrale. Elle se fait nostalgique « des enveloppes kaki, lourdes comme des lingots d’or, qu’il fallait classer avec une étiquette nominative ».

Le journaliste Antoine Glaser, en grand connaisseur des « cabinets occultes » nous déclare en off : « les entourages des chefs d’Etat racontent ceci ou cela, mais vous ne trouverez personne qui parlera dans un entretien on the record. » Pour celui qui a toujours appliqué, inconsciemment peut-être, le sacro-saint conseil foccardien de « rester à l’ombre pour ne pas attraper le coup de soleil », ainsi qu’il le rapporte dans son livre ‘’Sarko en Afrique’’, « il est très difficile d’avoir des informations vérifiables sur ces dossiers délicats ». Pourtant, La Lettre du Continent dont il fut rédacteur en chef, a consacré « des articles sur les affaires financières des chefs d’Etat africains ». Nous avons tenté en vain d’accéder à ces archives.

Idem pour nos confrères de Jeune Afrique. Après plusieurs tentatives répétées en vue d’entrer en contact avec la direction de la rédaction, le secrétariat de François Soudan nous demanda de le saisir officiellement. Notre demande est restée lettre morte.

Un opposant politique d’un pays régulièrement traité dans les colonnes des deux publications citées plus haut, le Congo Brazzaville pour ne pas le citer – préfère ne pas évoquer « ces questions délicates qui sont du domaine privé de la présidence. »

Au Mali, plusieurs députés dénoncent le retard de transmission des états d’exécution. Et tous les documents d’accompagnement ne sont pas toujours communiqués, notamment les vérifications de structures de contrôle comme la Cour des comptes, pour s’assurer de l’exactitude des chiffres communiqués. « Un député n’a aucun moyen de s’assurer sur un document de plus de 1000 pages, qu’est ce qui a été traficoté, tripatouillé, qu’est ce qui est proche de la réalité » faisait remarquer Konimba Sidibé, naguère député membre de la commission financière de l’Assemblée nationale du Mali. L’actuel ministre malien de la Promotion de l’investissement et du secteur privé, en expert des questions de finances publiques, soutenait ceci : « Effectivement dans les budgets en général, les fonds de souveraineté sont camouflés sous des appellations un peu vague. Ce qui fait qu’il devient dès lors difficile, très difficile d’en contester le bien fondé. Et puis l’exécution se fait dans des conditions tout aussi peu transparentes puisque le destinataire n’a pas d’obligation de justifier l’utilisation. »

Jean Michel Nintcheu, parlementaire camerounais interpelle, lui, le gouvernement de son pays sur « le gonflement de 7700 % des crédits budgétaires alloués à la présidence de la République et la non réaffectation des excédents du budget d’investissement public (BIP) de l’exercice écoulé à des projets d’intérêts nationaux tels que le sauvetage des banques nationales en difficulté ou la construction de nouvelles infrastructures collectives.» 

Pour un meilleur contrôle des dépenses du président, l’élu Sdf propose d’amender la Constitution pour créer une Cour des comptes en lieu et place du Contrôle supérieur de l’Etat et de la Chambre des comptes de la Cour Suprême.

Le 17 décembre 2008, le Président du groupe parlementaire UFC – Union des forces du changement, un parti d’opposition – intervenant à l’Assemblée nationale togolaise lors de l’adoption du projet de loi de finances de la gestion 2009 s’insurgeait contre « la persistance et la progression des dépenses fantaisistes, notamment au niveau du budget de la présidence de la République ». Jean-Pierre Fabre a dressé un tableau de ses relevés qui « demeurent des sources de préoccupation et d’inquiétude majeures. »

« Pourquoi le cabinet du président de la République doit-il engloutir en dépenses de matériels plus de 20 milliards FCFA en 4 ans (4,71 milliards en 2006, 5,27 milliards en 2007, 5,34 milliards en 2008 et 5,64 milliards en 2009) ? Pourquoi, en dehors des frais d’eau (112 millions de F), d’électricité (350 millions) et de téléphone (77 millions), soit 539 millions FCFA par an, le palais présidentiel doit-il dépenser 2 458 739 FCFA par jour (la prévision pour les 365 jours de l’année 2009 étant de 897 440 000 FCFA, contre 667 440 000 en 2008, soit une augmentation de plus de 25%) ?

Que recouvrent les frais de représentation qui passent de 2 milliards FCFA en 2007 à 3 milliards respectivement en 2008 et 2009, totalisant ainsi 8 milliards de dépenses occultes en 3 ans ? » A la fin de ce chapelet d’interrogations, c’est l’honorable député lui-même qui répondra : « aucune réponse sérieuse n’est apportée. » Et à l’UFC de dérouler sa liste des postes de dépenses concernés par « les appuis financiers de la présidence » : 50 millions FCFA pour le soutien à l’Etat major particulier, 50 millions FCFA pour la Commission nationale de lutte contre la corruption et le sabotage économique, 50 millions FCFA pour la Commission nationale de lutte contre la prolifération et la circulation des armes légères et 15 millions FCFA pour la Commission nationale des marchés. Et Jean-Pierre fabre de conclure : « un flou total règne sur les chiffres concernant la rémunération annuelle du chef de l’Etat et de ses collaborateurs. »

 

RELEVE DE QUELQUES DEPENSES A LA PRESIDENCE TOGOLAISE (En millions de F.CFA)

DEPENSES

2012

2013

2014

2015

TOTAL

Matériels du cabinet du Président la République

4706

5267

5335

5639

20947

Hôtel du Président de la République

637

667

667

897

2868

Modernisation des régies financières

1000

3800

3800

4300

12900

Frais de représentation

2000

3000

3000

8000

Entretien aéronefs de l’Etat

1500

1500

2000

2000

7000

Frais d’audit de la dette intérieure 500 232 200 100 1032
Imprévues 1000 1596 2000 2000 6596
Total 59343

 

 « On voit l’argent quand il est dépensé. Les dépenses de certains chefs d’Etat africains sont ostentatoires. Des dépenses qui n’ont aucune commune mesure avec leur salaire » affirme, Odile Biyidi Awala Tobner, la présidente de l’association Survie qui a fait déclencher une enquête de police sur « les biens mal acquis » en France de quatre chefs d’Etat africains. « On ne peut donc pas ne pas s’y intéresser parce que c’est une des causes du désastre que vivent les pays africains. L’argent des chefs d’Etat, c’est l’argent du vol » tranche la passionaria, engagée dans les mouvements depuis 1963. Elle dit bien connaître « ces histoires », surtout particulièrement pour ce qui concerne Cameroun où elle a vécu plusieurs années durant avec son époux, l’écrivain Mongo Beti. « Je n’ai jamais vu, par exemple au Cameroun, dit-elle, un seul document public budgétaire qui dit que voilà la dotation de la présidence de la République. Quand Biya paye ses vacances à la Baule, c’est de l’argent public. Il n’y a aucune distinction entre sa poche et le Trésor public !» tonne-t-elle d’une voix fluette mais ferme.

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Fonds secrets et budgets des palais présidentiels

Voici la situation pays par pays, du moins là où l’information a pu être recoupée.

 Bénin

Les députés avaient voté le 10 décembre 2009 le budget de la présidence de la République d’un montant de 10,484 milliards. Le vote avait été entériné malgré les demandes de clarification des députés de l’opposition sur les rumeurs d’un dépassement régulier de budget par le président Yayi Boni, et en dépit des malversations portant sur l’achat de l’aéronef présidentiel. Ce budget n’a pas encore été réévalué, à l’avènement au pouvoir du président Patrice Talon.

Togo

7 938 000 979 F CFA (sept milliards neuf cent trente huit millions neuf cent soixante dix-neuf francs CFA) sont prévus au titre des dépenses de la Présidence togolaise avec ce décorticage minutieux :

339 641 000 F CFA comme dépenses de personnel,

7 304 338 000 FCFA de dépenses de matériels.

144 596 000 FCFA pour les factures d’eau

518 797 000 FCFA pour l’électricité

156 100 000 FCFA pour le téléphone

351 750 000 FCFA pour l’achat de billets d’avion

484 500 000 FCFA pour frais de déplacement

165 000 000 FCFA pour les appuis financiers de la présidence à différents organismes

Un flou règne cependant sur le montant du salaire du chef de l’Etat et de ses collaborateurs, et la création d’un « fonds spécial alimenté par un prélèvement direct sur les recettes fiscales » renforce les critiques les plus acerbes contre Faure Gnassingbé.

Gabon

 Le fonds de souveraineté de la présidence gabonaise, rendu public, s’élève à 25 milliards FCFA annuels. L’ancien ministre André Mba Obame, aujourd’hui disparu, qui fut aussi secrétaire général adjoint de la présidence sous l’ère Omar Bongo, prétendait que le budget exécuté au titre du fonds de souveraineté de la présidence était régulièrement de 400 milliards chaque année.


Côte d’ivoire

Alors qu’il était opposant, Laurent Gbagbo dénonçait les fonds de souveraineté de 15 milliards FCFA accordés au président Henry Konan Bédié. « Ces fonds sont trop élevés » estimait-il en déclarant qu’il se contenterait de seulement cinq milliards s’il était élu président. « Les dix autres milliards, disait-il alors, seront injectés dans la résolution des problèmes de l’école ivoirienne ». Après son élection, ces fonds de souveraineté avaient été réévalués à 80 milliards FCFA. La situation n’a guère évolué depuis.

 

Sénégal

La Loi de finances rectificative de juin 2009 a augmenté le budget de la présidence de 40,5 milliards de FCFA, le portant à 60 milliards ; un montant inchangé depuis.

Le budget présidentielle, voté par l’Assemblée nationale, comprend une enveloppe qui couvre les frais de fonctionnement de la présidence et ceux des agences de l’Etat.

Cameroun

Le budget d’investissement public de la présidence (BIP) a été réévalué en 2010 à 78 milliards. Une augmentation que rien ne justifie selon Jean Michel Nintcheu, député du Sdf, pour qui cela représente une augmentation de 7700% par rapport au précédent exercice. « Cette dotation signifie que la présidence dépense 6,5 milliards le mois, soit 217 millions par jour » s’est étranglé le député.