Belinda Ayessa

Musées - Belinda Ayessa

« … Nous n’avons d’avenir si nous ne nous référons pas à notre passé… »

Que répondez à ceux qui trouvent disproportionné cet hommage rendu par l’État congolais à Savorgnan de Brazza à travers ce joyau architectural qu’est le Mémorial ?

Cela fait huit ans que ça dure quand même. Les gens se posent des questions, à juste titre. Mais je suis consciente qu’il est important d’expliquer la nécessité pour le Congo de rendre témoignage de cette partie de son histoire. Beaucoup a été fait en un laps de temps. Il sied de reconnaître aujourd’hui que nombreux sont les congolais qui se sont appropriés ce pan essentiel de leur histoire.

Ils n’ont donc pas raison de penser ainsi ?

Ce sont des préoccupations légitimes. Mais encore une fois nous comprenons les réactions des uns et des autres et sommes toujours disposés à leur expliquer le bien fondé de cet édifice.

Il n’empêche qu’un tel hommage pouvait être rendu à une figure emblématique de l’histoire du Congo ?

Notre capitale porte bien le nom de cet illustre explorateur qui a fondé Brazzaville en 1880, et qui s’est affirmé par son humanisme. C’est bien lui qui a signé le Traité d’amitié avec le Makoko Ilo 1er, à Mbé, capitale du Royaume Téké, à 238 km de Brazzaville. C’est ce Traité qui mit le Congo sous protectorat de la France. Les descendants du Makoko Ilo 1er nous ont appris que Savorgnan de Brazza n’était pas venu à la conquête d’un peuple, mais à la rencontre de celui-ci. Il a traité le peuple qu’il a rencontré avec respect. Le Congo qui n’ est pas oublieux a tout à fait rendu hommage à ceux qui se sont sacrifiés pour qu’il devienne une Nation indépendante. Les monuments qui leur sont dédiés sont là dans le pays pour en témoigner.

Mais pourquoi un édifice aussi imposant ?

Il est simplement à la dimension de l’hommage rendu par le Congo à Savorgnan de Brazza. Même si cet édifice n’était pas aussi grand, on serait tout autant parvenu à rendre un grand hommage à l’homme. Nous avons insufflé une âme au Mémorial, ce qui donne l’impression que nous en avons trop fait. Brazza a accompli une œuvre admirable. Il faut le reconnaître.

Et vous, en acceptant de diriger ce Mémorial, quelle est votre démarche personnelle ?

Permettez-moi d’abord de rendre, ici, hommage au président de la République du Congo, son excellence Denis Sassou Nguesso pour avoir érigé ce Mémorial. En le faisant, le chef de l’Etat a accompli là une action forte : Réconcilier les congolais avec leur histoire et donner ainsi la possibilité aux générations futures de s’approprier ce pan essentiel de l’histoire de leur pays. Pour en revenir à votre question, il n y a pas de démarche personnelle, j’accompli là simplement une mission qui m’a été assignée.

Mais vous avez tout de même eu le choix d’accepter cette mission. Comment cela est-il arrivé ?

C’est arrivé simplement. Ce qui est fondamental aujourd’hui, que je sache c’est de suivre les orientations qui nous ont été données.

Aujourd’hui, quel grand rêve nourrissez-vous pour ce Mémorial ?

Mon rêve, c’est que les congolais s’approprient leur histoire. Notre passé est notre patrimoine.

En période de fête et plus précisément en fin d’année la police est obligée de bloquer les voies principales d’accès au Mémorial, pour éviter les débordements. Tout cet engouement est le signe que les congolais veulent en connaître davantage sur leur histoire.

Nous n’avons pas d’avenir sûr si nous ne nous référons pas à notre passé.

Notre challenge, c’est de faire du Mémorial un véritable complexe culturel.

Propos recueillis par MOUFTAOU BADAROU et JOCELYN MOUANGASSA