Douzoua Kouabo

Cinéma - Douzoua Kouabo, sur les pas de Morgan Freeman

Ancien élève des cours Simon, et auditeur libre au Conservatoire national de théâtre de Paris dans les années de 70, Douzoua Kouabo est titulaire d’une licence en Administration Economique et Sociale de l’université de Jussieu à Paris. Après une première année de maîtrise dans la même filière à la Sorbonne, il obtient le diplôme d’ingénieur technico-commercial au Conservatoire national d’art moderne à Paris.
Malgré son talent artistique exprimé dans plusieurs représentations théâtrales et son riche parcours universitaire, Douzoua Kouabo a plutôt exercé dans la vente (livres, journaux, disques, prêt-à- porter) et la communication sociale. Il tient un kiosque à journaux face à la Galerie Gaieté (Paris 14eme) depuis une quinzaine d’années.

“ Les cinéastes africains doivent se former davantage… “

Monsieur Kouabo, beaucoup de ceux qui vous ont vu jouer vous comparent à l’acteur américain Morgan Freeman…

C’est trop d’honneur que vous me faîtes. Vu la carrière et le talent de l’homme. Personnellement, je ne me permettrai pas une telle comparaison, même si l’on me di souvent que je ressemble à ce comédien américain. Cela dit, c’est toujours un plaisir de remarquer que l’on est apprécié dans ce que l’on fait, c’est tout simplement un encouragement que j’accueille favorablement et modestement.

De diffuseur de presse, comment se retrouve-t-on comédien ?

D’aucuns diront que c’est un hasard. Mais, je pense que dans la vie, rien n’est fortuit. Mon apparition à l’écran vient de la rencontre avec un jeune réalisateur centrafricain du nom de Régis Béninga. De passage devant mon kiosque à journaux, il a vu en moi le visage de l’un des personnages de son film « une couleur de vie » qui était en préparation. Il m’a proposé de l’interpréter. La thématique de son film ayant des analogies très fortes avec mon parcours, j’ai volontiers accepté de tenter l’expérience. Le film a été un succès tant auprès du public que des professionnels. Avec dix sélections officielles dans des festivals internationaux, le film a remporté cinq prix dont celui de la meilleure interprétation masculine qui m’a été attribué lors de la 7ème édition du Festival International du court métrage de Douala (FICOD). Ce film m’a donné envie de renouer avec une de mes passions de jeunesse, le théâtre. Il faut dire qu’avant de devenir commercial, j’ai eu une carrière artistique, dans la première partie de la vie. Ancien élève des Cours Simon et auditeur livre au Conservatoire national de théâtre dans les années 70, j’avais eu à interpréter plusieurs rôles au théâtre. Seulement, les circonstances ont fait que j’ai délaissé le plancher pour autre chose. La rencontre avec ce jeune homme m’a permis de renouer, depuis quelques années, avec mes premiers amours.

Quelles sont actuellement les propositions de rôles qui vous ont été faites ? Dans quels prochains films vous verra-t-on jouer ?

J’ai reçu plusieurs propositions depuis le succès d’ »une couleur de vie ». Malheureusement pris par mon travail au kiosque, et notamment confronté à d’autres circonstances de la vie, je n’ai pu répondre favorablement à toutes les sollicitations. A ce sujet, je regrette particulièrement ne pas avoir disposé du temps nécessaire pour interpréter le rôle de l’oncle d’Omar Sy dans le film Samba, rôle pour lequel j’étais pressenti par la production. Mais, ce n’est que partie remise, vu que d’autres projets sont en cours. Je vous en dirai davantage au moment opportun. Pour l’heure, je suis tenu par les clauses de confidentialité, comme c’est souvent le cas dans notre milieu.

 Nollywood est devenu la 2ème industrie du cinéma au monde… Votre avis sur cette performance ?

Pour une des rares fois que l’on parle positivement de l’Afrique, je ne peux que saluer les efforts consentis par les acteurs et les producteurs nigérians. Le cinéma est un vecteur de promotion d’une culture. Les Occidentaux l’ont si bien compris. Je me réjouis du fait que les Africains s’y mettent à leur tour. Les cinéastes et producteurs nigérians se doivent maintenant de pérenniser ce succès en rendant le cinéma nigérian compétitif, du point de vue du contenu des films.

En dehors de ce cas unique de cinéma nigérian à succès, comment véritablement industrialiser le cinéma africain et le rendre productif ?

Je pense que les professionnels du métier doivent davantage se former et s’adapter aux nouvelles technologies. En Afrique, beaucoup de gens prétendent faire du cinéma, ou aiment faire du cinéma mais ne se soucient pas de la formation. Le manque de formation a une repercussion évidente sur la qualité artistique et esthétique de plusieurs films de réalisateurs africains. S’il y a un domaine ou le cinéma africain a des efforts à faire, c’est bien celui-là. J’ajouterai aussi que le contenu des films doit tenir compte des réalités du monde actuel.

Propos recueillis par Mouftaou Badarou