Terrible aveu de déférence de la part d’un entrepreneur rencontré dans un hôtel quatre étoiles à Brazzaville : « Monsieur Ayessa m’a fait obtenir beaucoup de contrats. Je lui renvoie l’ascenseur au moindre battement de ses cils ! » Cet autre membre de la haute société, homme politique très en vue dans la capitale administrative, résume assez bien l’emprise de Firmin Ayessa sur les milieux politiques et d’affaires congolais : « Sa recommandation vaut de l’or ! Nous ne pouvons que nous prêter à votre questionnaire. Le vieux Ayessa est notre mentor ». « Il est entier le vieux Ayessa, conclut notre homme politique. Il ne vous sourit pas s’il ne vous aime pas. Pour parler familièrement, jamais il ne fait de bisou sans tendresse ! ». On croirait entendre des vassaux d’un vice-empereur. Pour être encore plus clair, disons qu’au Congo, il y a deux gouvernements ; celui officiel et celui officieux dont Firmin Ayessa est à la tour de contrôle surveillant une ribambelle d’obligés. Perché sur ce haut lieu, et en tandem avec Jean-Dominique Okemba, conseiller spécial du Président, Firmin Ayessa a «également l’œil sur les membres séditieux du parti congolais du travail, ainsi que sur les opposants si prompts à la mutinerie politique. Ce que d’aucuns assimilent à un resserrement sécuritaire du pays.

C’est le mardi 15 mai 2007 que Firmin Ayessa a été adoubé ministre d’État, directeur de cabinet du président de la République, en remplacement de Emmanuel Yoka devenu ministre d’État, garde des Sceaux, ministre de la Justice. Mais, l’onction du Président lui est venue plus tôt, puisqu’il a été directeur adjoint du cabinet civil du Président, puis chef du département de la Communication et porte parole du chef de l’État. Firmin Ayessa est donc avant un spécialiste de la communication, titulaire d’une licence en Lettres à l’université de Bordeaux II et journaliste à Radio Congo dès 1977. En 1980, il repart en France, cette fois-ci pour occuper un poste de conseiller à l’ambassade du Congo à Paris. De retour dans son pays en 1984, il prend la direction de la radiotélévision congolaise avant de diriger le cabinet du ministre de communication d’alors.

Il s’est avéré que l’homme politique sous-tend le fin communicateur. A peine entré au Parti congolais du travail (PCT), il en devient membre du comité central la même année de 1990 ; sans pour autant rompre avec le monde de la communication, puisqu’il se fait élire sans coup férir au Conseil supérieur de la liberté et de la communication en mars 1997. On le retrouve ministre en charge de l’organisation du Forum national pour la paix, la reconstruction, la démocratie et l’unité nationale, après la guerre civile qui a déchiré le Congo de juin à octobre 2007. Après la Conférence nationale, Firmin Ayessa sera le ministre chargé des relations avec le Parlement. La suite, on la connaît : directeur adjoint du cabinet civil du chef de l’État, co-directeur de la campagne du Président en 2002, puis député élu de la circonscription de Makoua en mai 2002.

Firmin Ayessa à la tour de contrôle

« Firmin Ayessa est très calculateur, glisse un journaliste de la télévision congolaise. Pour lui, chaque pas, chaque acte s’inscrit dans une stratégie d’architecte. Je parie qu’il sait déjà où il aterrira le jour de son départ du cabinet du Président »

« Discret, généreux, bon vivant », complimentent pourtant les proches collaborateurs de Firmin Ayessa, parlant de leur patron ; tout en passant sous silence ses colères dévastatrices et ses propos cinglants contre « les incompétents ».