Attention aux diplomes sans issue

Attention aux diplômes traquenards !

Les étudiants africains désireux d'entamer ou de poursuivre les études universitaires en France doivent avoir à l'esprit que certaines filières de formation sont des impasses.

Théoriquement, le problème se pose avec moins d’acuité pour les grandes Écoles puisqu’il y a une sélection à l’entrée. Malheureusement, dans les facultés, des milliers d’étudiants s’engouffrent chaque année dans des filières aux débouchés aléatoires. La responsabilité en ce domaine est surtout à imputer au peu de sélection à l’entrée des facultés, et à l’engouement démesuré des étudiants pour certaines filières. Les STAPS (sciences et techniques des activités physiques et sportives) forment au métier de professeur d’éducation sportive et comptent plus de 50 000 inscrits pour 500 postes offerts au concours de 2009. 45 500 étudiants se retrouveront sans emplois à la fin de leur cursus, ou exerceront un emploi sans rapport avec leur qualification. En psychologie, pour 65 000 inscrits, à peine 15 000 diplômés trouveront un débouché. On remarque la même inadéquation formation/emploi en Lettres, en Langues, en Sciences humaines (histoire, philosophie, sociologie) ou même en Biologie. Dans cette dernière matière, il y a trop d’étudiants dans les filières écologiques, et pas assez en Biologie moléculaire.

Cette situation amène parfois un BAC+5 à se contenter d’un poste de serveur dans la restauration rapide, un impétrant en Arts et déco se retrouve vendeur à Carrefour, une diplômée de Sciences Po multiplie les stages dans l’édition, un maîtrisard en communication se convertit à la vente de chaussures, un docteur en neurosciences ou un licencié en philosophie se contentera d’un poste d’équipier chez MacDonalds. Cette situation rappelle celle de l’Uruguay au début des années 60 où les médecins étaient condamnés à devenir chauffeurs de taxi. Sur les 130 000 bacheliers inscrits en Lettres ou 250 000 en Sciences humaines, à peine 2 500 d’entre eux décrocheront le CAPES (capacité d’aptitude au professorat de l’enseignement du second degré-diplôme de professeur certifié ) ou l’agrégation.. « On a beau prévenir un jeune qu’une filière est bouchée, s’il veut y aller, il ferme souvent ses oreilles… » assure Danielle Pourtier, présidente de l’Association des conseillers d’orientation psychologique de France. Beaucoup de filières n’ont d’autre vocation que celle de préparer aux concours d’enseignement.

Somme toute, il faut limiter les inscriptions dans les filières engorgées et canaliser les autres étudiants vers des formations professionnalisantes. On ne doit pas former les jeunes en masse, puis laisser le marché de l’emploi décider. Il faut une planification en amont, le numerus clausus, dans certaines filières, car chaque année, 500 000 offres d’emploi ne trouvent pas preneurs en France faute de qualification adéquate. Une bonne stratégie pour les étudiants pourra consister en l’inscription à une double formation, c’est-à-dire qu’ils suivent par exemple des études de droit ou de commerce en plus des lettres.

Par Chérifa Badirou

Attention aux diplomes sans issue